J'étais allongée dans le noir. J'attendais calmement, je n'avais plus le choix. Je m'étais toujours dis que je pouvais revenir en arrière à tout moment, que jamais non jamais je ne me retrouverai dos au mur. Et pourtant à ce moment là je ne pouvais plus m'enfuir. En sortant je l'aurais croisé, en me levant il aurait ouvert la porte et j'aurais été ridicule, j'aurais tout perdu. Mais je n'attendais que ça, m'enfuir. J'avais trop peur de tout ça, qu'il soit si près. Alors j'ai attendu quelques minutes, quelques heures peut-être je ne sais plus. Et je l'ai laissé entrer. J'étais allongée dans le noir, et j'ai entendu frapper. Deux fois. Il a ouvert la porte doucement, ne laissant passer qu'un rayon de lumière du couloir, se faufilant, il est entré dans la chambre et a refermé la porte. Je ne bougeais pas, tétanisée de peur ou de joie je ne sais trop le dire. J'entendais son souffle comme je l'avais si souvent entendu, pas plus proche, mais plus intense. Doucement je l'ai senti s'allonger à côté de moi, sans rien dire. Et on a attendu là, quelques minutes, quelques secondes peut-être, je ne sais plus. Et alors il a murmuré bonjour mon amour les yeux vers le plafond. Un vrai bonjour, un vrai de vrai et le vrai son de sa voix à mes côtés et mon coeur sautait à travers ma poitrine. Alors j'ai souri et il a vu mes dents je le sais, c'est une chose qu'il attendait depuis longtemps, il a vu mon sourire, et alors j'ai senti un soupir de personne soulagée et il a tourné son visage vers le mien alors que je m'obstinais à regarder en l'air. Et il a dit on recommence. Comme s'il savait que j'avais peur de la première seconde il l'a laissée s'échapper dans la pénombre. Et il est ressorti, lentement, comme s'il n'était jamais entré.
J'étais allongée dans le noir et j'ai entendu frapper, trois fois. Je n'ai rien dit mais il a su qu'il pouvait entrer. Alors j'ai d'abord vu la poignée se baisser, puis une main s'approcher de l'intérupteur qu'il a réglé à "lumière tamisée" comme c'était marqué sur le petit papier à l'entrée. En une seconde il est passé de la porte à mon ventre, je crois. Ses mains aggripaient mes jambes comme si j'allais lui échapper, il était là, à genou et moi allongée sur ce lit, comme s'il escaladait une montagne, il accrochait ses mains à ma peau, comme pour la marquer, comme pour sentir que cette fois c'était bon, j'étais enfin là. Je sentais son corps, mélange de douceur extreme et d'aspérités. Je sentais sa barbe et ses oreilles, je sentais ses mains arborant des ongles secs mais présents. Puis sans prévenir il s'est étendu sur le lit ne me laissant pour objet qu'une main désarticulée. Furieuse je me tourne vers lui et découvre un sourire amusé, je prends sa tête entre mes mains et approche la mienne, et ma bouche très proche de la sienne, nous sourions, nous apprivoisons nos visages. Quand il m'embrasse enfin je comprends que mes doutes sont terminés, que les kilomètres sont aujourd'hui réduis à de ridicules millimètres séparant nos deux corps, et je le laisse enfin être le seul.